La Redoute supprime 171 postes face aux plateformes étrangères

La Redoute annonce un plan de transformation avec 171 suppressions de postes, dont 138 en France. Retour sur les causes et les enjeux pour l'e-commerce français.

La Redoute supprime 171 postes face aux plateformes étrangères

La Redoute a annoncé le 27 mai 2026 un plan de transformation prévoyant la suppression de 171 postes, dont 138 en France. L’entreprise, filiale des Galeries Lafayette, invoque “des contraintes économiques d’un marché en tension” pour justifier cette décision. Derrière la formule, la réalité est plus précise : la concurrence des plateformes e-commerce asiatiques ronge ses parts de marché depuis plusieurs années.

Ce que dit le plan de transformation

Selon BFM Business, la direction prévoit la suppression nette de 171 emplois, partiellement compensée par la création de 29 nouveaux postes. Le solde négatif reste donc de 142 postes.

La procédure suit le cadre légal classique en France :

  • Information et consultation des instances représentatives du personnel (IRP)
  • Négociations avec les organisations syndicales
  • Priorité aux reclassements internes et à l’accompagnement des mobilités professionnelles

La directrice générale Béatrice Héricourt, en poste depuis 2025, pilote ce plan. L’objectif affiché est de “renouer avec une croissance durable”, formulation qui traduit surtout l’urgence de stopper l’hémorragie financière.

Une dégringolade en chiffres

Les données disponibles parlent d’elles-mêmes. En 2022, La Redoute franchissait le milliard d’euros de chiffre d’affaires : un cap symbolique pour une enseigne fondée en 1837 à Roubaix. Deux ans plus tard, les ventes gravitent autour de 800 millions d’euros. En 2025, le recul atteint encore 5 % supplémentaires.

Le rayon décoration, qui représentait jusqu’à 60 % des ventes à son apogée, a fortement décroché. Résultat : La Redoute se retrouve aujourd’hui au 5e rang des sites e-commerce mode et décoration en France, contre une 3e place revendiquée en 2025.

Ce recul sur deux exercices consécutifs n’est pas conjoncturel. Il reflète une transformation structurelle du marché.

L’impact des plateformes asiatiques

La Redoute cite explicitement “la concurrence accrue des plateformes internationales” dans son communiqué. En pratique, on parle surtout de Shein, Temu et AliExpress.

Les chiffres publiés par l’Institut Français de la Mode en février 2026 donnent la mesure du phénomène :

  • 40 % des Français ont déjà acheté des vêtements sur ces plateformes
  • Elles représentent 19 % des achats en volume dans le prêt-à-porter en ligne
  • Leur part en valeur atteint 8 % des achats en ligne en 2025

La différence entre volume (19 %) et valeur (8 %) illustre la stratégie de ces acteurs : des prix très bas qui captent les acheteurs en nombre, mais avec un panier moyen faible. Pour La Redoute, le problème n’est pas seulement la marge, c’est la perte de trafic et de récurrence d’achat.

Ces plateformes bénéficient par ailleurs de conditions structurellement avantageuses : logistique directe depuis la Chine, coûts salariaux sans commune mesure avec ceux d’une entreprise française, et jusqu’à très récemment une exemption de droits de douane sur les petits colis (franchise de minimis de 150 euros, dont la suppression est en discussion au niveau européen).

Ce que ça change pour les salariés et l’entreprise

Pour les 138 salariés français concernés, la procédure d’information-consultation va s’étaler sur plusieurs semaines. Les syndicats auront leur mot à dire sur les conditions d’accompagnement. La priorité annoncée aux reclassements internes est un signal positif, mais 29 créations de postes face à 138 suppressions laisse peu de marge.

Pour l’entreprise, le vrai pari est de réussir à se repositionner. La Redoute n’a pas communiqué sur le détail de sa feuille de route : quelles catégories de produits renforcer, quels canaux prioriser, quel modèle de distribution. Ce plan de transformation reste pour l’instant une opération de réduction de coûts plus qu’une stratégie de rebond clairement articulée.

À mon avis, le problème de fond n’est pas résolu par des suppressions de postes. La Redoute porte une marque avec une histoire et une notoriété réelle en France. Mais notoriété ne suffit plus quand le différentiel de prix avec Temu atteint un facteur 5 ou 10 sur certains produits. La vraie question est : sur quoi peut-elle construire une proposition de valeur distincte ? La qualité, la durabilité, le service client, la fabrication européenne ? Ces axes existent, mais ils demandent des investissements, pas des coupes.

FAQ

Combien de postes La Redoute supprime-t-elle exactement ?

La Redoute prévoit 171 suppressions de postes au total, dont 138 en France. La création de 29 nouveaux postes est annoncée en parallèle, ce qui donne un solde net négatif d’environ 142 emplois.

Pourquoi La Redoute connaît-elle des difficultés ?

L’entreprise cite trois facteurs principaux : l’évolution des comportements de consommation, les changements structurels de l’e-commerce, et la concurrence des plateformes internationales comme Shein, Temu et AliExpress. Son chiffre d’affaires est passé de plus d’un milliard d’euros en 2022 à environ 800 millions les années suivantes.

Quelle est la procédure pour les salariés concernés ?

La direction a annoncé l’ouverture d’une procédure d’information et de consultation des instances représentatives du personnel, ainsi que des négociations avec les syndicats. Le reclassement interne et l’accompagnement des mobilités professionnelles sont présentés comme prioritaires.

Quelle place occupe La Redoute dans l’e-commerce français ?

La Redoute se positionne comme le 5e site e-commerce mode et décoration en France en 2026, contre une 3e place revendiquée en 2025. Ce recul de deux places en un an illustre l’accélération de la pression concurrentielle.

Les plateformes asiatiques représentent-elles vraiment une menace sérieuse pour le marché français ?

Selon l’Institut Français de la Mode, 40 % des Français ont déjà acheté des vêtements sur Shein, Temu ou AliExpress. Ces plateformes pèsent 19 % des volumes d’achats de vêtements en ligne en 2025. C’est un changement structurel, pas une tendance passagère.

Information et avertissement

Cet article est rédigé à titre informatif et pédagogique. Les données chiffrées citées proviennent de sources publiques (BFM Business, Institut Français de la Mode). Elles peuvent évoluer à mesure que la procédure de consultation avance. Pour toute question liée aux droits des salariés dans un plan de transformation, consulte un représentant syndical ou un conseiller juridique spécialisé en droit du travail.

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