Le secteur de l’énergie fossile est-il condamné, ou reste-t-il un pilier incontournable des portefeuilles d’investissement pour les dix prochaines années ? C’est la question centrale que pose le podcast 2050 Investors de BFM Business, dans un épisode consacré à Irene Himona, analyste actions pétrole et gaz chez Société Générale. Son regard est celui d’une professionnelle qui suit les grandes majors énergétiques depuis des années. Son constat est plus nuancé que les discours militants des deux bords.
Pétrole et gaz : une sortie de scène qui prend du temps
On entend souvent que le pétrole est “mort”. Ce n’est pas ce que disent les données. La demande mondiale en pétrole a atteint un niveau record en 2023-2024, portée par l’Asie du Sud-Est, l’Inde et l’Afrique. Ces régions ne disposent pas encore d’infrastructures électriques suffisantes pour absorber une transition rapide vers les énergies renouvelables.
Concrètement, même dans les scénarios les plus ambitieux de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), le pétrole représente encore une part significative du mix énergétique mondial à horizon 2035. Ce n’est pas un argument pour ignorer la transition, c’est un argument pour la comprendre avec réalisme.
Le gaz naturel, lui, occupe une position particulière. Il est moins émetteur de CO2 que le charbon, plus pilotable que le solaire ou l’éolien, et reste massivement utilisé pour la production d’électricité en Europe. Après le choc de 2022 lié à la guerre en Ukraine et la flambée des prix, les États européens ont clairement réaffirmé leur dépendance à court terme à cette énergie. En pratique, les infrastructures gazières construites aujourd’hui ont une durée de vie de 30 à 40 ans. Elles ne disparaîtront pas avec un changement de gouvernement.
Ce qu’une analyste actions regarde vraiment
Le travail d’Irene Himona n’est pas de défendre les énergies fossiles ou de les condamner. Son rôle est d’évaluer la valeur des entreprises pétrolières et gazières cotées en bourse : TotalEnergies, Shell, BP, Equinor, Eni, etc.
Ce que les analystes regardent aujourd’hui a profondément évolué. Il y a dix ans, le modèle était simple : prix du baril + volume de production = valorisation. Aujourd’hui, trois couches supplémentaires s’ajoutent :
- Le risque réglementaire : taxes carbone, obligations de reporting ESG, interdictions de certains projets dans les pays de l’OCDE.
- Le risque de stranded assets : des réserves prouvées qui pourraient ne jamais être exploitées si la réglementation se durcit, ce qui modifie mécaniquement la valorisation bilancielle.
- Le risque de réputation et d’accès au capital : certains fonds institutionnels ont des politiques de désinvestissement fossile qui réduisent le bassin d’investisseurs potentiels pour ces actions.
À mon avis, c’est ce troisième point qui est le plus sous-estimé par les dirigeants de TPE/PME qui investissent à titre personnel dans ces valeurs. Le coût du capital des grandes pétrolières augmente structurellement, même quand leurs profits à court terme restent élevés.
Transition énergétique et investissement : deux logiques qui coexistent
La “Fleur Rouge” du titre du podcast fait référence à un symbole utilisé par Société Générale pour illustrer la complexité des arbitrages énergétiques : beau en apparence, mais avec des épines. L’image est juste.
Les grandes majors pétrolières ont massivement investi dans les renouvelables depuis 2018. TotalEnergies est aujourd’hui l’un des principaux acteurs mondiaux du solaire. BP a longtemps affiché des ambitions très agressives sur la réduction de sa production fossile, avant de les réviser à la baisse sous pression des actionnaires en 2023. C’est révélateur d’une tension réelle : les marchés financiers applaudissent la transition dans les discours, mais sanctionnent les pertes de marge à court terme quand les projets renouvelables sont moins rentables que les actifs fossiles.
En pratique, pour un investisseur particulier ou un dirigeant qui gère sa trésorerie, le secteur énergétique reste un secteur cyclique fortement corrélé au prix du baril et aux décisions de l’OPEP+. Ce n’est pas un secteur à aborder sans une analyse sectorielle sérieuse.
Ce que ça change pour toi
Si tu diriges une entreprise, la question de l’énergie te concerne probablement par deux canaux.
Premier canal : les coûts opérationnels. Le prix du gaz et de l’électricité est directement indexé sur les marchés de gros des énergies fossiles. Quand le baril monte, ta facture d’énergie suit, avec un décalage de quelques mois selon ton contrat fournisseur. En 2022, beaucoup de TPE/PME françaises ont découvert cette corrélation de manière brutale.
Deuxième canal : les opportunités d’investissement. Si tu as une trésorerie excédentaire et que tu envisages de l’investir (en direct, via un PEA ou une assurance-vie en unités de compte), les valeurs énergétiques font partie des secteurs à analyser. Leur rendement en dividende est historiquement élevé, leur valorisation reste modérée par rapport à la tech, mais leur profil de risque réglementaire est en hausse.
Je ne te dis pas d’acheter TotalEnergies. Je te dis de comprendre ce que tu achètes si tu le fais.
Mon avis
Ce type de podcast est utile parce qu’il met en face des gens qui ont des positions documentées, pas des influenceurs qui commentent les marchés sans y avoir de skin in the game. Ce qu’Irene Himona représente, c’est la recherche actions sérieuse : des modèles financiers, des hypothèses explicitées, des révisions quand les données changent. C’est ce type d’approche que je recommande d’appliquer à toutes tes décisions financières, qu’il s’agisse de choisir un logiciel comptable ou d’allouer ta trésorerie. Méfie-toi des analyses trop tranchées sur l’énergie, dans un sens comme dans l’autre.
FAQ
Le pétrole va-t-il vraiment disparaître d’ici 2035 ?
Non. Même les scénarios les plus ambitieux de l’AIE maintiennent une demande significative de pétrole à horizon 2035, notamment dans les pays en développement. La transition prend du temps pour des raisons d’infrastructure, pas uniquement politiques.
Pourquoi TotalEnergies investit-elle dans le solaire si elle est une compagnie pétrolière ?
Les grandes majors diversifient leurs actifs pour réduire leur exposition au risque réglementaire et capter une partie de la croissance des renouvelables. C’est une décision stratégique, pas uniquement une posture ESG.
Comment le prix du baril affecte-t-il ma facture d’énergie en tant que dirigeant ?
Le prix du gaz et de l’électricité sur les marchés de gros est corrélé au prix du pétrole. En cas de hausse du baril, ta facture d’énergie professionnelle peut augmenter avec un décalage de plusieurs mois selon la durée de ton contrat fournisseur.
Qu’est-ce qu’un “stranded asset” dans le secteur pétrolier ?
C’est une réserve prouvée de pétrole ou de gaz que la réglementation ou l’évolution des marchés empêche d’exploiter. Si ces réserves ne peuvent plus être monétisées, leur valeur inscrite au bilan devient nulle, ce qui affecte la valeur de l’action.
Est-ce pertinent pour un dirigeant de TPE/PME de suivre l’actualité des marchés pétroliers ?
Oui, indirectement. Les coûts de l’énergie, du transport et de certaines matières premières sont liés aux prix des énergies fossiles. Comprendre les tendances de fond peut t’aider à anticiper des hausses de coûts et à négocier tes contrats fournisseurs au bon moment.
FAQ
Le pétrole va-t-il vraiment disparaître d’ici 2035 ?
Non. Même les scénarios les plus ambitieux de l’AIE maintiennent une demande significative de pétrole à horizon 2035, notamment dans les pays en développement. La transition prend du temps pour des raisons d’infrastructure, pas uniquement politiques.
Pourquoi TotalEnergies investit-elle dans le solaire si elle est une compagnie pétrolière ?
Les grandes majors diversifient leurs actifs pour réduire leur exposition au risque réglementaire et capter une partie de la croissance des renouvelables. C’est une décision stratégique, pas uniquement une posture ESG.
Comment le prix du baril affecte-t-il ma facture d’énergie en tant que dirigeant ?
Le prix du gaz et de l’électricité sur les marchés de gros est corrélé au prix du pétrole. En cas de hausse du baril, ta facture d’énergie professionnelle peut augmenter avec un décalage de plusieurs mois selon la durée de ton contrat fournisseur.
Qu’est-ce qu’un ‘stranded asset’ dans le secteur pétrolier ?
C’est une réserve prouvée de pétrole ou de gaz que la réglementation ou l’évolution des marchés empêche d’exploiter. Si ces réserves ne peuvent plus être monétisées, leur valeur inscrite au bilan devient nulle, ce qui affecte la valeur de l’action.
Est-ce pertinent pour un dirigeant de TPE/PME de suivre l’actualité des marchés pétroliers ?
Oui, indirectement. Les coûts de l’énergie, du transport et de certaines matières premières sont liés aux prix des énergies fossiles. Comprendre les tendances de fond peut t’aider à anticiper des hausses de coûts et à négocier tes contrats fournisseurs au bon moment.